Les points aveugles de l’IA réinventent le leadership

L’IA cache bien son ignorance

Les LLM, et parfois d’autres systèmes, sont aimables, leurs écrits remarquablement articulés et précis. Ce langage est pétri de systèmes rhétoriques de conviction. Mais l’IA ne peut voir que ce qu’on lui donne à voir ou ce à quoi elle peut avoir accès. Des milliards de documents, c’est formidable mais la quantité ne masque-t-elle pas parfois un manque de qualité ? Le contenu d’Internet est limité, et ce qui y est disponible n’est pas forcément le plus pertinent.

Il lui manque de nombreux contenus physiques essentiels, tout ce qui est dans des bibliothèques ou des sites protégés. De nombreux contenus se trouvent aussi dans une autre virtualité que celle du digital : ce qui est en cours de travail dans les universités ; ce qui est dans la tête des politiques, des savants, des génies et des monstres de notre époque. Elle n’a pas accès à la conscience des hommes, à leur inconscient, à leurs instincts, à leurs intuitions, à ce qui fait la dynamique de l’esprit humain. Elle n’a qu’une vague idée de la relation entre les mots et les choses. L’enracinement des mots et des choses dans les cultures est pourtant au cœur de l’innovation et de l’engagement. Elle n’a pas accès à l’avenir, elle ne peut pas voir la nouveauté ou l’innovation qui viendra d’étincelles encore inconnues. Elle n’a pas l’expérience d’un mentor humain pour le chercheur, l’étudiant, le jeune consultant, le jeune juriste, l’artiste ou le patient en psychanalyse. Elle n’a pas d’émotion propre ou de conscience d’elle-même au sens de Damasio et des neuroscientifiques. 

Ce que l’IA ne traite pas nous rend justement plus humains, plus essentiels. Ce qu’elle ne pourra toujours pas faire, ce sera aux humains de le faire. En pédagogie, ce sera aux professeurs, coachs et enseignants, en management, ce sera aux dirigeants et aux dirigés.

La renaissance du leadership est annoncée

L’IA nous enrichit pour créer une valeur sociale, économique, émotionnelle ou culturelle. Le eader est particulièrement concerné car il peut désormais développer une nouvelle approche du management. Il y a bien longtemps qu’un leader n’est plus celui qui sait mieux et qui a plus d’expérience. L’IA donne aux dirigeants enfin le loisir d’être vraiment des entraineurs d’équipes. Le leadership va retrouver sa mission. Le leader est plus que jamais un passeur, un transmetteur de tous ces savoirs que l’IA ne maitrise pas.

Le leader devra d’abord remettre l’IA à sa juste place, et lui retirer ses faux statuts parfois quasiment mystiques. Il lui faudra aussi savoir redonner sa noblesse au travail intellectuel, celui-ci, même aidé par l’IA, reste la valeur suprême si l’on veut se distinguer et construire un avantage compétitif (qu’il s’agisse de l’individu ou de l’entreprise).

Il lui faudra encourager l’apprentissage, le vrai, celui qui consiste à utiliser parfois l’IA comme un ascenseur mais parfois aussi franchir péniblement les marches d’un escalier. Savoir guider les équipes et les individus dans ces nouvelles formes d’arbitrage est devenu une nécessité. Le nouveau leadership n’apparaitra toutefois que si les dirigeants changent en partie l’écologie de leur esprit et si les organisations changent leur écologie organisationnelle concrète.

Le leader est responsable d’assistance à capacités cognitives en danger. 

Le dirigeant sait déjà qu’il n’est plus sensé tout savoir mais qu’il doit tout de même rester un « sachant » au sens de comprendre le tout et d’enseigner l’esprit critique à ses troupes. 

Il découvre qu’il joue un nouveau rôle dans la créativité à l’ère de l’IA : il doit savoir insuffler la rigueur, l’étonnement, la créativité, l’entrepreneurship et la capacité humaine à imaginer. Il doit améliorer ses propres capacités prospectives. Sa sensibilité à l’éthique doit être exacerbée, sa compréhension des systèmes, humains (soin, attention, émotions) aussi. Et n’oublions pas qu’il doit aider à ce que ses suiveurs (qu’est-ce qu’un leader sans suiveur ?) se développent sur les mêmes plans. Le leader doit se sentir responsable d’assistance à capacités cognitives en danger. Il doit pousser au développement de l’esprit critique, à rechercher ces informations qui ne sont pas disponibles pour l’IA, à rappeler que toute incertitude que l’on maitrise mieux que la concurrence est une zone de pouvoir et de compétitivité.

Face à l’IA il lui faut développer une attitude paradoxale faite d’humilité, car l’IA est un outil extraordinaire, mais aussi de courage, un peu comme il doit l’être devant un supérieur pétri d’hubris. 

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Les nouvelles conditions de l’environnement écologique, économique, social et technologique à commencer par l’IA, permettent un renouveau du leadership. La dernière encyclique du pape ne dit rien d’autre. Remettre concrètement l’homme au centre et l’intelligence humaine à leurs places sont des objectifs évidents. Le nouveau leadership arrive, c’est certainement une bonne chose et une externalité positive de l’IA.