Les externalités : Un concept simple d’apparence
Si le concept d’externalité est simple, sa prise en considération est d’une grande complexité et est profondément politique.
« L’externalité ou l’effet externe désigne le fait que l’activité de production ou de consommation d’un agent économique crée un avantage ou un désavantage à autrui, sans aucune contrepartie financière. Les externalités concernent : les effets secondaires d’une activité principale et l’interaction entre un émetteur et un récepteur sans rémunération. Une externalité peut être soit positive soit négative.[1]»
Mais une prise en compte complexe, voire impossible
La prise en considération des externalités dans quelque décision que ce soit est complexe et pourtant essentielle. C’est la principale difficulté de toute décision, aussi réfléchie soit elle car, paradoxalement, les externalités sont difficiles à identifier, même par les meilleurs esprits.
Les externalités deviennent la source première des débats politiques mais elles ne sont pratiquement jamais perçues suffisamment tôt et avec suffisamment de précision.
En outre, elles sont rarement aussi facilement mesurables que l’action économique ou politique qui les déclenche.
Un cas emblématique, le référendum pour le Brexit
Demander de répondre par oui ou par non à une question aussi complexe dans ses conséquences sociales et économiques et en appuyant la campagne sur des dimensions émotionnelles diverses était intellectuellement criminel car même si certaines externalités étaient prévisibles et discutées, la plupart des conséquences sociales et politiques d’un tel mouvement ne sont pas encore connues et auraient bénéficié de débats publics profonds et dénués d’émotions. Le référendum sur simplifie et peut jouer sur des émotions primaires. S’en servir pour régler des problèmes complexes devient facilement de la manipulation politique.
Toute décision, politique ou économique, est farcie d’externalités.
Quelques exemples faciles et très différents d’externalités complexes
Le nucléaire
Innovation merveilleuse (presque au sens premier du terme pour fournir de l’énergie) le rêve nucléaire peut se transformer en cauchemar quand la technologie sert à détruire. La dissuasion par l’arme nucléaire peut s’avérer inutile tant la force de l’arme la rend quasiment inutilisable. Le débat est relancé quand les soldats sont de plus en plus des drones et des robots.
Airbnb
Ce système économique a plusieurs externalités intéressantes et opposées. Permettre à tout un chacun de voyager moins cher ou d’arrondir ses fins de mois en louant son logement est une révolution sociale intelligente et utile. Mais arriver au point où le développement du procédé prive les villes de logements habitables par les locaux et bouleverse la sociologie de certains quartiers est une externalité dramatique pour la vie sociale.
La climatisation
Investir dans des climatiseurs permettra sans aucun doute de réduire les dommages de la chaleur sur les organismes, voire de faire diminuer le nombre de morts lors des canicules, mais quel en sera l’impact sur la consommation d’énergie (et donc le réchauffement climatique), la toxicité des gaz, le réchauffement des villes, le commerce extérieur ?
La géopolitique
Les externalités en géopolitique ont trouvé une belle illustration récemment lors de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. À partir d’une volonté de changer le régime en Iran et de bloquer son programme nucléaire, elles se sont manifestées notamment en un blocage du détroit d’Ormuz, donc en un dérèglement mondial de la logistique et des marchés de l’énergie ; en une remise en cause des chaines d’approvisionnement ; en un chaos dans l’ordre international des alliances politiques ; voire en un renforcement du régime en Iran.
Les réseaux sociaux
Ces formidables outils de lien social se sont aussi transformés en machines à harceler, à diffuser de fausses informations, à influencer la politique par la manipulation des émotions. Leur contrôle lui-même est source d’externalités nombreuses.
Pour une fresque des externalité
Dans tous ces cas, la question est de savoir qui, comment, aurait dû, ou devrait ensuite, prendre en compte les externalités pour les contrôler mieux, voire les éviter. La complexité est dans leur analyse alors que justement leur mesure est quasiment impossible.
Le besoin d’attention aux externalités est donc un besoin de pensée systémique et prospective et il concerne tous les grands changements à venir, provenant de décisions politiques ou des macro-tendances. Les évolutions climatiques ou technologiques ont leurs dimensions économiques directes mais surtout leurs externalités. L’IA est au cœur de grands débats sur ses externalités. Le réchauffement climatique aura des implications sur la plupart des industries. L’évolution démographique va bouleverser les équilibres sociopolitiques mondiaux. L’attention aux externalités devient un élément de sagesse collective et individuelle.
La fresque du climat a sensibilisé sur les externalités en montrant les interactions et les dépendances liées au changement climatique
La même démarche serait utile, au moins pour clarifier les implications, autour des grandes tendances en prospective.
Conclusion
Les externalités sont au cœur des discussions politique au sens noble du terme, c’est-à-dire l’aptitude à comprendre les impacts écosystémiques et à prendre des décisions plus éclairées.
L’atelier Boostzone Institute du 14 octobre aura pour objectif de voir comment augmenter l’attention qu’on leur porte et comment envisager mieux les réponses à apporter par chacun de façon concrète. On amorcera de façon créative une fresque des externalités des grandes forces en prospective. L’atelier est ouvert à toute personne de bonne volonté (qui est prête à partager ses idées, même bien arrêtées, et d’accepter de les revoir en collectif).
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