La canicule, l’inattention aux externalités et les colibris que nous sommes

Le réchauffement climatique est un fait. Mais, hors canicule, il a du mal à mobiliser la réflexion. Beaucoup n’y prêtent pas, ou plus, attention. C’est le cas de la plupart des hommes politiques mais pas seulement. Lors d’une canicule comme celle de ce mois de juin 2026, ou la précédente de mai, ou les suivantes, on va prêter attention aux conséquences immédiates et visibles : des problèmes dans l’élevage, la mortalité des personnes fragiles, la chaleur des logements bouilloire, l’inconfort des crèches, des écoles, des EHPAD, la baisse de productivité au travail, l’inadéquation des bâtiments, etc. Et on va imaginer quelques mesures. Puis on oubliera jusqu’à la prochaine où tout recommencera. Pire, on ne va plus que rarement s’interroger sur les causes, et donc sur les moyens de remédier au problème à long terme, et on va plutôt privilégier la réflexion sur l’adaptation, donc finalement sur les plâtres à mettre sur des jambes de bois. Plusieurs enjeux sont ici intéressants : comment maintenir l’attention que l’on doit prêter aux causes, comme celle aux conséquences immédiates ; comment dépasser ces dernières ; comment imaginer et pondérer des mesures pérennes ; comment agir à tout niveau.  Quelques suggestions. L’analyse et le débat sur les externalités observées permettent, peut-être, d’aider à sensibiliser aux causes. Par exemple le fait que si rien n’est fait les récoltes vont durablement baisser, les primes d’assurances augmenter, des actifs s’échouer, et donc, externalité secondaire, le pouvoir d’achat va devoir être réorienté, voire souvent diminuer. Et si on voyageait moins en avion et surveillait sa consommation d’énergies fossiles ?  Dépasser les conséquences immédiates demande une réflexion sur ces externalités secondaires et exige d’aller assez loin dans l’analyse des enjeux, force à imaginer les conséquences sociales en termes d’éducation, de mortalité, de gestion du parc de logement, etc., et devrait conduire à imaginer des mesures pérennes de lutte contre le réchauffement ou envers l’adaptation. Cela soulève un autre enjeu, celui de la pondération, de la compréhension d’externalités qui peuvent être contraires. Installer des climatiseurs est une solution intéressante et sans aucun doute bénéfique en termes de santé publique ou de productivité du travail (externalités sociales positives) mais couteuse économiquement, discutable quant à la pollution induite par les gaz à effet de serre émis, discutée quant à l’impact sur le réchauffement des villes, contestée car ajoutant une consommation d’énergie elle-même source de réchauffement climatique, etc. Tout arbitrage sera à la fois un arbitrage écologique et social et donc surtout un arbitrage politique. Malheureusement par manque d’indicateurs clairs ce sera aussi le lieu des fake-proofs et du manque de réflexion documentée. Enfin cela amène la question de l’action de chacun. Nous sommes tous des colibris, vous savez ces oiseaux dont la fable dit qu’ils contribuent à éteindre l’incendie de la forêt en transportant une goutte d’eau dans leurs becs. Action pathétiquement négligeable en soi mais qui ne l’est plus quand des millions ou des milliards de colibris s’y mettent. La question est donc de savoir ce que chacun, à son niveau, peut faire face à cette situation et de réaliser que chaque action a de fait un impact sur l’ensemble. Quelques exemples. Faire installer la climatisation mais s’en servir avec modération (action individuelle ou collective sur les moyens d’adaptation), voyager moins en avion (action individuelle sur les causes), manger moins de viande (action individuelle et collective sur les causes et action de modération des conséquences agricoles), contribuer à la végétalisation de la ville (action des maires-colibris), ne pas mettre d’épreuves d’examen l’après-midi au printemps et en été (action d’un ministre-colibri), contribuer à la mise au point de matériaux plus isolants (action de l’entrepreneur-colibri), lancer de véritables réflexions sur les plans de la lutte et de l’adaptation dans son parti politique et pas seulement lors des canicules (action de l’homme-politique-colibri),  etc.  L’attention, les externalités et les colibris sont liés.  Ces enjeux de comment prêter une meilleure attention aux externalités (et pas seulement celles de l’environnement car toutes les forces agissant sur notre monde ont leurs externalités), et aux actions pour en tenir compte feront l’objet de l’atelier participatif Boostzone du 14 octobre 2026. Si intéressé, inscrivez-vous ici.  

CCduC #4