Le prochain grand cheval de bataille de notre société sera autour de la santé publique et sera plus violent que le débat actuel sur l’IA, ses méfaits, ses enjeux sur l’emploi, etc., ou sur l’immigration, le déficit budgétaire, etc.
Les signaux avant-coureurs de cette méga-crise sont déjà là. Les débats sur l’accord commercial entre l’Europe et le Mercosur comprennent une large part de défiance quant à des produits contenant des substances que nous ne voudrions pas importer. Le débat sur les PFAS ou les nombreux produits chimiques utilisés par l’agriculture ne sont rien d’autre qu’un débat de santé publique. La pollution des eaux de source utilisées par les villes, celle des bouteilles d’eau, cette des aliments sur-transformés en sont d’autres manifestations. La médiocre qualité de l’air dans les grandes villes et les nombreux morts qu’elle engendre font déjà partie du débat. L’exposition dangereuse des enfants près des vignes quand celles-ci sont traitées en est une autre illustration. Il y en a légions. Même la santé mentale qui se dégrade à cause des réseaux sociaux est clairement un débat de santé publique. Ces revendications vont se regrouper.
Ces réalités frapperont la société de plus en plus violemment. Les progrès scientifiques, notamment en psychologies et en biologie, accélèreront le mouvement. Si une molécule est dangereuse pour l’homme aujourd’hui cela n’est démontré que par des preuves statistiques. Elles sont contestables car la statistique démontre rarement une causalité, seulement une corrélation. Mais demain par exemple, les progrès de la génétique montreront des relations entre des molécules et des mutations de cellule. La preuve sera plus convaincante et plus difficilement réfutable. De même, les neurosciences démontreront plus clairement et indubitablement les enjeux de santé mentale. Demain enfin le principe de précaution sera de plus en plus exigé par les citoyens qui demanderont d’avoir confiance en leurs autorités pour les protéger.
L’un des grands enjeux sera celui des règles et réglementations car le principe de précaution, les idéologies politiques, les calculs de coût-bénéfice seront d’une grande complexité et aux implications politiques et économiques considérables. Cette crise présentera des opportunités et des risques stratégiques majeurs. Les risques sont connus avec leurs dimensions éthiques (Quelle est la valeur de la vie ? Quand faut-il faire jouer un principe de précaution ? etc.,) et leurs dimensions économiques (interdiction de certains produits, barrières à mettre aux frontières, etc.) mais les opportunités sont encore méconnues. Or elles sont importantes pour tous les producteurs. Au lieu de voir une épée de Damoclès sur leurs produits, ceux-ci peuvent au contraire travailler dès aujourd’hui sur la confiance, sur la transparence, sur les produits de substitution en cas d’interdiction ou de soupçon sur tel ou tel composant, sur des procédés d’identification ou de purification. Même le lobbying peut être une opportunité de se démarquer d’autres lobbys trop réactionnaires ou de gouvernements trop timides. On peut s’appuyer sur l’exigence de santé publique par les citoyens pour progresser. Quand les gouvernements ou les autorités publiques risquent de ne pas être à la hauteur, certaines entreprises pourront démontrer leurs compétences, leur honnêteté et emporter l’adhésion des citoyens.

