Non, il n’y a pas que l’IA qui va modifier la façon de gérer les hommes dans les prochaines années. Ce choc technologique pourrait même paraître mineur face à ceux provoqués par l’accélération des enjeux environnementaux. Les aides gouvernementales ne seront pas suffisantes, les entreprises et les partenaires sociaux doivent prévoir de se mobiliser et parfois de réinventer leurs approches. Quelques exemples :
Assister un nouveau rapport à l’énergie
L’augmentation à venir des couts de l’énergie, et donc l’électrification à marche forcée de l’économie, vont exiger de la part de chacun des attitudes nouvelles, des investissements différents. La crise actuelle sur les hydrocarbures est, en miniature (!), un avertissement des chocs à venir. Les transports ne sont qu’un volet. Isoler son domicile, changer ses habitudes, changer sa relation à l’espace et aux distances vont suivre.
Revoir parfois drastiquement des conditions de travail
Les locaux d’aujourd’hui sont déjà souvent inadaptés aux conditions thermiques et de pollution de l’air et de l’eau de demain. Même le télétravail, s’il se fait à domicile, devra tenir compte des conditions physiques du domicile car ce dernier peut devenir un enjeu majeur s’il n’est pas adapté, par exemple s’il est une passoire thermique.
Assumer de nouveaux enjeux de santé publique et de santé du personnel
Qu’il s’agisse de pollution par des produits nocifs ou cancérigènes ou plus simplement d’allergies, phénomène en explosion, des enjeux de santé publique vont impliquer au niveau des entreprises de nouveaux moyens en prévention et de gestion auprès du personnel avec tout ce que cela implique en termes d’absentéisme et de couts pour les assurances, les mutuelles.
Aider à développer de nouveaux savoir-faire techniques et sociaux
Bien au-delà des nouveaux savoir-faire exigés par l’IA, l’effondrement environnemental va exiger l’adaptation de process, de façons de travailler, de rapport à la nature et à la biodiversité. Cela implique bien sur de grandes décisions d’investissements mais aussi d’innombrables mini-décisions à prendre directement sur le terrain par les opérateurs dans des domaines et des process aussi variés que les relations fournisseurs, les relations clients, les emballages, les expéditions, le recyclage, les éléments d’économie circulaire, la maintenance, l’adaptation à de nouveaux règlements, la relation avec l’implantation locale, etc.
Réaliser que le pouvoir d’achat va changer de structure
La nature des dépenses contraintes des individus va changer du fait des besoins de frugalité mais aussi d’investissements et de frais d’entretien en isolation, équipements (machines, chaudière, automobile, traitement de l’eau, …). De nouvelles habitudes de consommation seront à accompagner (alimentation, habillement, loisirs, tourisme, santé). Des charges fiscales plus élevées et des frais de santé en augmentation vont aussi conduire à des modifications de modes de consommation.
La frugalité et les changements d’habitudes impliqués seront sans aucun doute pour beaucoup sources de frustrations et de revendications, notamment salariales, tant que ces changements seront vécus comme des reculs et non comme des progrès, ce qui risque d’être fréquent.
Assumer des nouveaux enjeux éthiques
Les attentes éthiques sont croissantes dès aujourd’hui quant à la mission, explicite ou non, de l’entreprise, donc envers les activités de l’entreprise, son respect de l’environnement et ses modes de gouvernance. En bref, la prise en compte des externalités non financières devient un enjeu de motivation et de gestion du capital humain.
Ces questions, encore peu débattues, vont impliquer, au-delà des politiques publiques, de nouvelles politiques sociales de l’entreprise et, surtout, la nécessité d’inventer un nouveau dialogue social pour toutes les parties prenantes.

