La RH est désormais un risque

La cartographie des risques utilisée par les entreprises, surtout au niveau du CA, ne considère en général pas que la gestion de la ressource humaine soit un risque en soi. Pourtant, cette ressource essentielle de l’entreprise présente de nombreux risques qui pourraient s’avérer majeurs si une approche prospective et sociale n’était pas menée.

Ces risques ne concernent pas que les DRH, ils sont stratégiques, opérationnels, sociétaux et à court terme. Voyons en trois.

Le risque démographique

C’est le plus certain. La population vieillit dans tous les pays du Nord et en Chine. Elle y diminue aussi, parfois drastiquement. La Chine régressera à 600 millions à la fin du siècle alors que l’Inde sera la puissance démographique dominante de la deuxième moitié du XXIème siècle. Le vieillissement va aussi provoquer, surtout dans nos pays du Nord, des transferts de richesses considérables d’une génération à l’autre avec le départ des baby-boomers, et donc des inégalités face au monde du travail. Dans certains pays du Sud au contraire un afflux de jeunes qui ne trouvent pas d’emploi localement va représenter pour leurs économies de véritables bombes à retardement aux implications internationales évidentes. Les migrants climatiques enfin atteindront un milliard d’humains en 2050. 

Cela va exiger, à court et moyen terme, des enjeux d’adaptation des conditions de travail, de choix d’automatisation (ou non), d’immigration (ou non), de gestion de situations d’inégalités sociales et évidemment de cout social notamment des retraites dans nos pays. 

Le risque de motivation, d’éthique et de la place du travail dans la société

C’est un risque plus subtil car il est l’œuvre d’une transformation silencieuse de nos sociétés. La valeur travail comme référent social est contestée, l’ambition ne se manifeste plus de la même manière, les exigences éthiques sont parfois sous-estimées, les notions de salaire décent, de logement décent font partie des attentes. Les anxiétés quant au climat, quant aux compétences acquises et à leur durabilité, par exemple avec l’émergence de l’IA, entrainent des attentes nouvelles. 

Le risque est celui d’un décalage croissant entre ce que l’entreprise pense avoir comme besoin en ressources humaines et les attentes du marché du travail sur ce qu’elle apporte. La démotivation, dénoncée souvent, ou les lieux communs galvaudés sur les jeunes d’aujourd’hui ne sont rien d’autre que la matérialisation de ce risque.

Le risque d’un nouvel Humain

C’est le plus complexe à appréhender. L’Homme est en train de changer. Le comprenons-nous ? Les organisations sont-elles capables de s’adapter à lui ? L’Homme d’aujourd’hui fait infiniment plus attention à sa santé, à sa forme physique, à son apparence. Il n’utilise plus les mêmes sources d’informations et son esprit, voire son cerveau se modifie vers plus d’immédiateté, d’émotions plutôt que de rationalité. Il est plus facilement manipulé. Il perd son sens critique et certaines notions de base par une atrophie cognitive alors qu’il est, paradoxalement, de plus en plus « augmenté » par des outils technologiques, comme l’IA, ou biologiques (la fin de l’obésité grâce à de nouveaux médicaments n’est pas un phénomène négligeable, loin de là). Tout porte à croire que cette « augmentation » va s’accélérer.

Le risque est là aussi d’un hiatus entre ce qu’attend ce nouvel humain et ce que l’entreprise lui propose. 

Sans avoir une véritable stratégie d’adaptation et de prévention de ces risques, des mauvaises surprises sont à attendre.